Dans le premier volet de notre exploration du patrimoine culinaire, nous avons sillonné les terres fertiles de l’île d’Orléans et les routes historiques de la Côte-de-Beaupré à la rencontre de ceux et celles qui gardent vivantes nos traditions fondatrices. Mais notre voyage dans le temps — et dans les saveurs — ne s’arrête pas là ! Loin d’être figé, le patrimoine gourmand de la région est une matière vivante : il se cultive, se brasse, se cuisine et se réinvente pour notre plus grand plaisir.
Au menu de ce second volet, nous partons à la rencontre des pionniers irlandais et des brasseurs de La Jacques-Cartier, nous nous arrêtons dans les villages de la région de Portneuf où une nouvelle garde d’artisans anime les traditions avec audace, pour finalement boucler la boucle dans les salles à manger prestigieuses de la vieille capitale. L’histoire est appétissante !
La Jacques-Cartier : traditions forestières
Si l’on s’aventure vers le nord, dans la région de La Jacques-Cartier, le paysage change et le patrimoine se fait plus sauvage et forestier. Au cœur de cette nature généreuse, l’acériculture est une tradition profondément enracinée. Des lieux comme l’Érablière du Lac-Beauport, qui abrite un Musée de l’érable, célèbrent le savoir-faire entourant la récolte de l’or blond et perpétuent la tradition du repas de cabane à sucre, pilier de notre identité culinaire.
Détail intéressant : les terres de municipalités comme Saint-Gabriel-de-Valcartier ont été défrichées au 19e siècle par des immigrants irlandais et écossais. Face à une terre plus rocailleuse, ces familles pionnières ont développé une solide tradition d’élevage (bovins, dindons) et de culture de la pomme de terre. Aujourd’hui encore, des entreprises comme le Marché McBain témoignent de cet héritage anglophone unique dans la région. La Ferme Terre de l’Orme, quant à elle est un véritable projet familial et écoresponsable situé à Saint-Gabriel-de-Valcartier. Cette dernière ouvre ses portes la fin de semaine pour offrir de délicieux produits locaux. Ouvrant ses portes la fin de semaine pour offrir de délicieux produits locaux, elle s’est notamment taillé une belle réputation grâce à la vente directe de ses œufs frais de pâturage, un bel exemple d’agriculture respectueuse de l’animal et de la terre.
Cet esprit de valorisation du territoire forestier se goûte également chez les artisans brassicoles du coin. À Stoneham-et-Tewkesbury, la Microbrasserie La Souche rend hommage au passé forestier de la région. On y brasse des bières ancrées dans leur terroir en intégrant souvent des aromates de la forêt boréale. C’est le cas, par exemple, de leur NEIPA forestière, brassée avec des pousses d’épinette, du myrique baumier et des houblons locaux. Une expérience qui se savoure pleinement dans leur décor de bois brut.
Ferme Terre de l'OrmePortneuf : lieux de rassemblement et tradition en évolution
Le patrimoine gourmand tisse également sa toile dans les charmants villages de la région de Portneuf, le long du mythique Chemin du Roy. À Deschambault-Grondines, lorsque l’on pousse la porte du Magasin Général Deschambault (fondé en 1866), on a cette impression de faire un bond dans le temps. Avec ses comptoirs remplis de produits locaux, il rappelle ces commerces de proximité qui constituaient autrefois le cœur battant des communautés.
Non loin de là, les artisans agroalimentaires prouvent que le patrimoine n’est pas synonyme d’immobilisme. La Fromagerie des Grondines, la boulangerie Le Soleil Levain et la chocolaterie Julie Vachon Chocolat démontrent que les savoir-faire artisanaux continuent d’évoluer, mariant techniques anciennes et créativité moderne pour charmer les papilles !
Le porte-étendard par excellence de la région est certainement la Ferme Langlois et fils. Véritable institution agricole fondée en 1667, cette exploitation incarne à la perfection la pérennité et la richesse du terroir. Depuis ses tout débuts, ce ne sont pas moins de 12 générations qui s’y sont succédé sans interruption jusqu’à aujourd’hui. Fière de cet ancrage historique exceptionnel, l’entreprise – aussi connue sous le nom de Chez Médé – a été désignée Économusée du maraîcher Maïs sucré de Neuville. Ce statut permet à la ferme de partager son savoir-faire agricole avec le public, notamment à travers la mise en valeur du célèbre maïs sucré qui bénéficie d’une indication géographique protégée (IGP) depuis 2017. Ne tardez pas, vous pouvez d’ailleurs en faire des provisions jusqu’à la fin octobre ! Les mets préparés sur place font également la renommée de l’endroit : le ragoût de pattes est un incontournable en plus des nombreuses conserves.
Portneuf Culture de saveursQuébec : quand l’histoire s’invite à table
Pour clore ce périple, direction les rues pavées du Vieux-Québec. Ici, l’histoire ne sert pas que de toile de fond : elle est l’ingrédient phare des plus grandes tables. Récemment mis en lumière par le prestigieux guide Michelin, des établissements de renom élèvent la gastronomie identitaire à un tout autre niveau en fusionnant le patrimoine bâti et l’assiette. À Légende, au Clan ou à Tanière3, la cuisine contemporaine et le terroir québécois prennent place dans un décor chargé d’histoire. Ici, la renommée des tables ne tient donc pas qu’à ce qui se trouve dans l’assiette : elle se prolonge dans le lieu lui-même, offrant une expérience multisensorielle unique.
De la même manière, avec son adresse établie au cœur même du Vieux-Québec (en plus de son berceau mythique à Wendake), le restaurant Sagamité fait découvrir le patrimoine culinaire autochtone.Véritable ambassadrice de la culture huronne-wendat, cette institution célèbre les saveurs des Premières Nations et offre une plongée fascinante dans des saveurs toutes particulières.
L’expérience y est à la fois authentique et théâtrale, portée notamment par la fameuse « potence » (Yatista), où de tendres morceaux de gibier comme le wapiti, le cerf et le bison sont flambés directement à la table sous les yeux des convives. Jonathan Losier, gérant et membre de l’équipe depuis 19 ans, mentionne : « C’est absolument chaleureux, c’est notre plat signature, Yatista veut dire feu ! ». L’établissement brille également en mettant à l’honneur les récoltes sauvages, la fumaison traditionnelle et les ingrédients fondateurs comme les fameuses Trois Sœurs (courge, maïs et haricots). Une escale incontournable pour savourer les traditions vivantes.
Sagamité Yatista
Pour en savoir plus au sujet des destinations mentionnées dans cet article:
Érablière du Lac-Beauport
200 Chem. des Lacs, Lac-Beauport (Québec) G3B 1C4
Microbrasserie La Souche
22, 1re Avenue, Stoneham-et-Tewkesbury (Québec) G3C 0K7
Magasin Général Deschambault
04, rue de l’Église Deschambault-Grondines (Québec) G0A 1S0
Fromagerie des Grondines
274 2e Rang E, Grondines (Québec) G0A 1W0
Boulangerie le Soleil Levain
234 chemin du Roy, Deschambault-Grondines (Québec) G0A 1S0
Ferme Langlois et fils – Chez Médé
1088 QC-138, Neuville (Québec) G0A 2R0








